Culture
La Joconde à Nouméa
mercredi 20 juillet 2011, par Élodie Lalenet
Degas, Fragonard, Van Eyck, Renoir, Pissaro, Rembrandt, De Vinci… ils sont tous sortis des musées les plus prestigieux pour se réunir dans le hall de la mairie de Nouméa jusqu’au 29 juillet.
Bien évidemment, il ne s’agit pas des originaux, mais les toiles de maîtres et le coup de pinceau du talentueux copiste valent le détour.
Déjà exposée au Musée de Bourail l’an passé, l’exposition rend hommage au docteur René Drain.
Avec pour seule ambition celle de se faire plaisir, ce calédonien de cœur, médecin estimé à Bourail comme à Nouméa, ce passionné s’est éteint en février 1989.
Présentées dans l’ordre chronologique, les œuvres donnent l’occasion au public de voir des reproductions presque aussi vraies que nature !
Le parcours atypique d’un médecin passionné
"C’est en classe de 6ème que j’ai découvert cette vocation, avec un professeur d’histoire qui aimait que l’on illustre ses cahiers de cours. Il nous a fallu un jour dessiner les empereurs Romains. C’est alors que j’ai découvert l’art du portrait."
Pendant son adolescence, il s’inscrit aux cours de dessin à l’Ecole de La Tour et acquiert une certaine maîtrise dans le dessin. Ainsi "j’ai tourné mes regards vers le portrait. Les circonstances m’y ont aidé puisque le musée de Saint Quentin (sa ville natale, mais également celle de La Tour) venait de rouvrir ses portes en exposant 85 pastels de La Tour. Je devais alors découvrir ma vocation de pastelliste et de copiste."
Après s’être installé comme médecin à la frontière Suisse, il tente l’aventure calédonienne et devient médecin "contractuel", c’est-à-dire en contrat avec la colonie, à Hienghène où il reste avec sa femme deux ans, avant de s’établir dix ans à Bourail.
L’art de la réplique
Copier une œuvre n’est pas seulement l’affaire des faussaires ! C’est un métier à part entière reconnu dans le milieu de l’art et les plus grands musées accueillent des copistes sur leur site.
Edgar Degas écrivait d’ailleurs « Il faut copier et recopier les maîtres, et ce n’est qu’après avoir donné toutes les prévues d’un bon copiste qu’il pourra raisonnablement vous être permis de faire des radis d’après nature ».
Être copiste à part entière exige de suivre des règles strictes : "Au Louvre, par exemple, on n’accorde aux copistes qu’une feuille blanche ; celle-ci ne doit pas déjà porter d’esquisse. Il faut faire le dessin sur place, avec le temps que cela demande, sans compter le public dans votre dos pour juger (dans toutes les langues !) l’avant-projet qui apparaît sur la toile. En outre, il est interdit de reproduire les mêmes dimensions que les originaux. Il faut que le chassis du copiste ait 1/5ème en plus ou en moins dans toutes les dimensions."
Le mystère de la Joconde
"C’est en copiant la Joconde que quelques détails m’ont frappé : d’une part l’absence de point blanc sur la pupille, alors que la lumière vient de face, et l’absence de sourcils, dont l’épilation semblerait avoir été à la mode à cette époque. D’autre part, le paysage qui s’élève très haut à l’horizon et dépasse la hauteur des yeux. Une impression de mystère s’en dégage, donnant l’image d’une planète inhabitée. Mais que dire de son regard, il vous attire irrésistiblement."
"Quant à son légendaire sourire, on peut en faire la synthèse : la bouche comporte dans ses extrémités, deux modelés : la commissure droite se prolonge par une ombre qui remonte vers la pommette, c’est la clé du sourire. La commissure gauche se prolonge par une petite ombre en éventail donnant une certaine indifférence ou froideur. C’est selon moi, cette balance entre le plaisir et la félicité d’une part, et l’austérité de l’autre, qui donne le sentiment d’une chose autant divine qu’humaine, d’où notre incapacité à nous, copistes, de reproduire fidèlement ce sourire puisqu’il est du domaine de l’impalpable."
Des flamands aux impressionnistes
Après une introduction en beauté à la peinture flamande du XVe siècle et les frères Van Eyck qui ont déployé avec science et génie la peinture à l’huile, on retrouve Les époux Arnolfini -toile si célèbre qu’elle est encore sujette à de nombreuses questions quant à son interprétation- aux côtés de Botticelli et son allégorie de la vie, de la beauté et de la connaissance unifiés par l’amour avec Le Printemps.

En traversant les siècles et leurs chefs-d’œuvres, faisons une une halte au XVIIIe avec Fragonard et la reproduction d’Un garçon comme Pierrot que le Dr Drain a peint à l’âge de 14 ans qui côtoient La meule de foin et Fox Hill de Pissaro.
Après avoir admiré quelques Van Gogh, le copiste fait un clin d’œil au Caillou avec L’évasion de Rochefort. Manet a immortalisé l’évasion la plus importante de l’histoire de la déportation. Dans un format réduit, le peintre a représenté une frêle embarcation au milieu d’une mer immense, où l’on peut identifier Rochefort et Pain, et qui se dirige vers la silhouette noire d’un navire visible à l’horizon.
Le portrait disparu

Entre les souvenirs du feu docteur, le musée de Bourail lance un appel pour retrouver le portrait de Mme Drain qui a disparu.
Si vous avez des renseignements pouvant aider à retrouver l’une des rares créations du docteur Drain, n’hésitez pas à contacter le musée de Bourail.






































