Informatique
Le droit à l’oubli sur Internet
mercredi 16 juin 2010, par Élodie Lalenet
L’idée d’un "droit à l’oubli" sur Internet, réclamé par les défenseurs des libertés publiques, commence à faire son chemin. Inquiétudes et solutions face à la "googlisation"
A la trace
En janvier dernier, le magazine Le Tigre démontrait qu’il est possible de retracer toute la vie d’un inconnu à partir de sources disponibles sur Google, posant la question du "droit à l’oubli" sur Internet.
Pour savoir à quel point sa vie est étalée sur la toile, rien de plus simple : Google. "Googliser" un prénom et un nom ouvre un accès sur la vie d’une personne. Plusieurs sites (123people, Pipl, Spokeo, etc.) se sont même spécialisés dans le recensement de toutes les données laissées sur Internet (photo, adresse, articles, commentaires et même numéro de téléphone)
"Je crois avoir montré mes fesses à la Saint-Nicolas, en 1969. Je ne le fais plus depuis. Et je n’aimerais pas que cela me poursuive encore." En une anecdote, Alex Türk, le président de la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL) résume l’enjeu du droit à l’oubli sur Internet.
Depuis l’avènement des forums, des blogs et encore plus des réseaux sociaux, la question de la conservation des données publiées par tout un chacun sur le Web ne cesse de grandir.
Une proposition de loi visant à mieux garantir le droit à la vie privée à l’heure du numérique vient d’ailleurs d’être déposée le 6 novembre 2009 au Sénat.
Mais beaucoup craignent comme Jean-Marc Manach, journaliste et blogueur invité du Monde.fr "que l’on assimile les données persos que l’on a le droit de retirer de la circulation, et les propos tenus par d’autres à son encontre"
En tout cas, les faits sont là : futur employeur, voisin et famille peuvent consulter des photos ou des textes mis en ligne il y a plusieurs années et que l’on préférerait peut-être voir disparaître !
Selon une étude américaine récente, 45% des employeurs ont scruté internet pour trouver des informations sur les candidats en 2009 et 35% ont reconnu en avoir écarté en raison de photos ou vidéos jugées "provocantes".
En attendant que les autorités ne se prononcent sur la question, les internautes peuvent prendre quelques simples précautions pour conserver un peu de vie privée.
Une vie privée sur Internet
Limiter
Le principe de protection le plus simple est avant tout de ne pas publier soi-même d’informations privées.
Lors de l’inscription sur un site, mieux vaut limiter au maximum le nombre d’informations renseignées, sachant que beaucoup sont optionnelles.
Il est également possible de créer d’autres adresses mail dites jetables qui préserveront votre boite mail privée.
Contrôler
La plupart des sites, et notamment les réseaux sociaux comme Facebook, vous permettent de contrôler qui peut voir quoi sur votre profil. Il est possible d’augmenter la confidentialité en limitant l’accès de vos données.
Après avoir "googliser" nom et prénom, les sources d’informations privées sont identifiées. Il est possible de modifier ou supprimer une information personnelle enregistrée sur un site. La loi informatique et libertés du 6 janvier 1978 prévoit que vous disposez d’un "droit d’accès et de rectification" aux informations vous concernant.
Pour cela, il suffit normalement de contacter l’administrateur du site Web par le biais d’un lien "Nous contacter" ou par le biais de Whois, littéralement Qui est-ce, qui vous renseignera sur les coordonnées de l’administrateur.
Néanmoins, Nouvelle-Calédonie oblige, la particularité est ici de rigueur. Les informations concernant les noms de domaines .nc sont les seuls à être uniquement recensées par le site domaine.nc.
Si toutefois l’information est urgente et si la page a déjà été mise à jour, il est possible d’envoyer une demande à Google pour supprimer les résultats de recherche.
Adopter
Pour supprimer les traces de vos passages sur Internet sur votre ordinateur, vous pouvez utiliser les outils de votre navigateur Internet via "Effacer mes traces" sur Firefox, ou dans "Options Internet" sur Internet Explorer ou "Supprimer l’historique".
Il est également possible de naviguer et d’effectuer des recherches de manière anonyme, grâce à la nouvelle option de "navigation privée" disponible dans la récente version de Firefox.
Google vient également de mettre en ligne le Google Dashboard, une sorte de panneau de contrôle accessible depuis votre compte Google, sur lequel vous pouvez voir et modifier l’ensemble des données potentiellement "sensibles", relatives à votre utilisation de services comme Gmail, YouTube, Google Docs, Picasa, Greader etc....
Pour mieux comprendre son fonctionnement, voici la vidéo officielle :
Pour en savoir plus :
Une interview dans Libération de Viktor Mayer-Schönberger, le spécialiste du droit à l’oubli, intitulée "Google vous connaît mieux que vous-même"
Plus pointu :
Une conférence de Benjamin Bayart aux 8e rencontres mondiales du logiciel libre en 2007. Le président de FDN, le plus ancien fournisseur d’accès à Internet en France encore en exercice, préconise une sorte de retour aux sources d’Internet où chacun garderait ses informations sur son propre serveur hébergé par sa connexion ADSL (mais, avec un débit d’envoi moins élevé que celui des réceptions, la connexion ADSL d’aujourd’hui est conçue pour que tout le monde utilise un même serveur central)






































